Extraits de livres: Naguib Mahfouz

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Aller en bas

default Extraits de livres: Naguib Mahfouz

Message par wallis le Dim 28 Déc - 4:23

Naguib Mahfouz est un écrivain égyptien qui a obtenu le prix Nobel de littérature. Ses thèmes de prédilection sont les bouleversements de vie qu'ont connu les égyptiens au début du siècle.
La trilogie du Caire comporte 3 livres: Impasse des deux palais, Le Palais du désir et Le Jardin du passé.

Le Palais du désir 1957
Dans ce premier extrait, Yassine, un des personnages principaux et grand amateur de femmes résume son idée sur la séduction, la femme, son idéalisation par les afc et le one-itisme.

« Yasine vida son troisième verre, s’essuya la bouche du revers de la main et répondit en torsadant ses moustaches :
- ne m’en veux pas, mais, pour moi, l’amour se limite à des endroits bien précis : la bouche, les mains… et le reste !
(…)
- Ne crois pas ce qu’on dit de l’amour dans les romans ! continua Yassine en pressant Kamal de vider son verre. L’amour est le sentiment de quelques jours, au mieux de quelques semaines…
(…)
- Oui, mais pourtant le véritable amour existe ! On en lit les péripéties dans les journaux, sinon dans les romans.
Yasine esquissa un sourire moqueur.
- Bien que je sois affligé de la passion des femmes, dit-il, je ne reconnais pas cet amour-là ! Les drames dont tu lis les échos dans la presse ont trait en fait à des jeunes sans expérience de la vie. Tu as entendu parler de Majnoun Laïla (roman qui raconte l’histoire d’un poète, devenu fou, errant dans le désert après que son amante Laïla, qui partageait ses sentiments eut été mariée à un autre par son père)? Il doit avoir des mules dans ce genre d’histoire ! Avec cette différence que Majnoun n’a jamais épousé Laïla ! Montre-moi un seul homme devenu fou d’amour pour sa femme ! Hélas !... Non, les maris ont bien la tête sur les épaules, même s’ils se refusent à l’admettre. Quant aux femmes, elles commencent à la perdre avec le mariage, vu que leur ambition n’est rien moins que de dévorer leur mari ! Et j’ai l’impression que c’est plus la folie qui rend les fous amoureux que l’amour qui rend les amoureux fous ! Tu les vois parler de la femme comme s’ils parlaient d’un ange ! Or, une femme, ça n’est jamais qu’une femme ! Un mets délicieux dont on est vite rassasié ! Qu’ils passent seulement une nuit avec elle pour voir sa tête au réveil, renifler cette odeur de sueur… sans parler des autres, et qu’ils viennent me parler d’ange après ça ! Le charme de la femme n’est qu’une façade ou un instrument de séduction destiné à te prendre au piège. Et une fois que tu y es tombé, c’est là que la créature humaine de chair et de sang t’apparaît sous son vrai jour ! C’est pourquoi la perspective des enfants, de l’arriéré de la dot, mais aussi de la pension alimentaire à payer en cas de divorce sont les vrais secrets de la solidité du mariage, pas la beauté ou le charme de l’épouse !... »

Le Palais du désir 1957

Dans ce second extrait, Ahmed est amoureux d'une jeune femme et souhaite la demander en mariage. Ils sont tous les deux étudiants. Sa réponse est éloquente et résume la problématique de la différence de classe.

« - Maître Ahmed ! Vous voulez absolument m’obliger à parler ? Dans ce cas, je souhaite que vous preniez ce que je vais dire d’un cœur bienveillant. J’ai déjà beaucoup songé à la question du mariage. Pas seulement par rapport à vous, mais en général. Etat j’en suis arrivée à la conclusion – et là-dessus mon père m’approuve totalement – que je n’aurai un vie correcte et ne garderai on standing que su je peux disposer de pas moins de cinquante guinées par mois !
Il avala une déception qu’il n’aurait jamais pensé, à supposer le pire, pouvoir être aussi amère !
- Vous voulez donc un mari riche ! reprit-il.
- Je regrette infiniment !... Mais vous m’avez obligé à vous avouer mon point de vue.
- Cela vaut mieux ainsi en tout cas ! dit-il d’une voix aigre.
- Je regrette… bredouilla-t-elle à nouveau.
La colère monra en lui. Mais il s’efforça sincérement de ne pas sortir de limites de la courtoisie. Puis, éprouvant l’irrésistible besoin de lui faire part de ses vues, il demanda :
- Me permettez-vous de vous dire franchement mon opinion ?
- Absolument pas ! coupa-t-elle. J’en sais déjà beaucoup sur vos opinions. Etat je souhaite que nous restions amis, comme avant…
Malgré sa colère, il avait pitié d’elle. C’était cela la cérité, avant que l’amour la fît moins crue.
Une femme qui aimant son valet partirait avec lui serait une femme normale, dût-on la juger, du point de vue des traditions, comme anormale. Dans une société détraquée, ce qui est sain est perçu comme malade et inversement. Il était en colère mais plus grande encore était sa tristesse. En tout cas, elle devinait son sentiment. C’était une consolation !»

wallis

Messages : 24
Date d'inscription : 04/05/2008

Voir le profil de l'utilisateur

Revenir en haut Aller en bas

Voir le sujet précédent Voir le sujet suivant Revenir en haut

- Sujets similaires

 
Permission de ce forum:
Vous ne pouvez pas répondre aux sujets dans ce forum